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Attention, test dangereux ! Aujourd’hui, le Forum Olympus France conjugue les années cinquante aux années deux mille : on monte un zoom Angénieux 17-68 T2.2 datant de 1956 sur un Panasonic G1 !

 

 

 

17-68 T2.2 ? Bizarre, il doit y avoir un problème docteur !

 

Eh bien non même pas ! Car ce zoom n’est pas prévu pour la photo mais pour le cinéma et pas n’importe lequel : pour le cinéma 16mm qui sera omniprésent dans le mouvement de la Nouvelle Vague. La différence par rapport au cinéma « classique » se situe au niveau de la pellicule utilisée. Historiquement, on utilise un support 35mm dont la taille  de la surface sensible est de 21,77mm x 16mm. Si celui-ci est toujours le format principal, on a depuis créé le format 16mm plus petit (10,22mm x 7,42mm de surface sensible) qui permet des caméras plus petites, plus légères et moins chères, très utiles pour certains types de tournages. Cette pellicule était souvent associée à une monture C dont la distance surface sensible – baïonnette est d’environ 17,5mm. Quel rapport avec le G1 ? Eh bien ce tirage et cette taille de surface sensible sont très proches des caractéristiques du format µ4/3. Ainsi, il est vite venu à certains l’idée de recycler leur objectifs en monture C.

 

C’est pourquoi, ayant eu l’occasion d’obtenir un Angénieux 17-68 pour moins de 50€, j’ai sauté sur l’occasion, le « lens made in France » ayant achevé de me convaincre. Pourquoi avoir choisi un objectif pour 16mm plutôt que pour 35 ? Eh bien parce qu’ils sont beaucoup plus compacts. Dès lors, une bague d’adaptation plus tard, le voici monté sur un G1 et vous pouvez découvrir l'ensemble sur notre photo ci-dessus.

 

 

Bon c’est gentil mais ça veut dire quoi T2.2 ?

 

Au cinéma on utilise l’ouverture photométrique qu’on note T. Elle ajoute notamment le facteur de transmission de l’objectif dans le calcul. Ainsi, le T2.2 équivaut à F2.5

 

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L’engin n’a pas l’air facile à manipuler…

 

Oui c’est le cas de le dire ! L’ergonomie n’est en effet pas le point fort de l’objectif car elle est adaptée au cinéma. Ainsi, le diaphragme n’est pas cranté (T2.2 – 2.8 – 5.6, etc.), ce qui est peu pratique pour le caler à une ouverture donnée. Par ailleurs, la bague de zooming est particulièrement mal placée puisque l’on a tendance à la confondre avec la bague de diaphragme. Du coup, un joint de plomberie (non présent sur la photo) plus tard et le problème est résolu. Bon point en revanche pour la bague de mise au point très large et donc très pratique malgré un manque d’onctuosité.

 

 

Bien, sur ce, place au test !

Première chose à savoir l’objectif ne couvre absolument pas le capteur. Vous me direz c’est normal étant donné qu’il y a environ 7mm de plus pour le capteur 4/3 ! Comme tous les objectifs, l’Angénieux a été calculé « large » mais pas à ce point. Le vignettage est donc très présent à 17mm et il se résorbe jusqu’à devenir quasiment insignifiant à 68mm. Par aileurs, les deux exemples ci dessus montrent l’évolution du vignettage de T2.2 à T8. Si un cercle noir demeure, la transition vers l’image se fait de manière de plus en plus net et tranchées. On constate aussi une distorsion pour le moins prononcée. Dans ce test, j’ai considéré T8 comme un optimum vu que la diffraction fait son œuvre très rapidement juste après.

 

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Bon, soit. Alors qu’en est-il du piqué ?

 

Pour tester le piqué, j’ai comparé l’Angénieux au Panasonic 20/1.7 et au Voigtlander 40/1.4. Oui, je sais, ce n’est pas très gentil de comparer un zoom de cinéma des années cinquante à deux fixes de notre époque. Mais il fallait bien des étalons pour comparer. J’ai donc fait un test à F8 étant donne qu’il serait vraiment trop injuste de comparer un zoom à pleine ouverture avec des fixes déjà diaphragmés. Vous pouvez télécharger une archive avec plus d’images complètes et haute définition à plus d’ouvertures.

 

On commence donc par l ‘Angénieux calé à 40mm face au Voigtlander, les deux à F8. Les vues du haut sont celles de l’Angénieux, celles du bas sortent du Voigtlander. On constate ainsi que si l’Angénieux tient plutôt bien la comparaison au centre, il est moins homogène sur le champ, les bords n’étant clairement pas au niveau. Si l’Angénieux récupère son relatif manque de définition par un micro contraste élevé, le Voigtlander demeure néanmoins plus précis.

 

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Mais comme ma rigueur journalistique ne saurait se satisfaire d’un seul test, je recommence avec le Panasonic 20mm cette fois-ci. Toujours à F8, l’Angénieux calé à 20mm, on constate que les impressions à 40mm sont confirmées. On accordera donc au Panasonic plus de finesse (moins de micro contraste) et plus d’homogénéité que l’Angénieux (vraiment mou sur les bords, et même à F8 !). Apparemment, les ingénieurs de l’époque ont préféré optimiser le contraste pour pallier au manque de définition.

 

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Cependant il ne faut pas oublier un point important : étant donné le recadrage que devra subir l’image finale, il faut compter une perte de définition importante : de douze mégapixels  il n’en reste que cinq réellement utilisable. Ceci dit, rien de très grave, des milliers d’utilisateurs d’Olympus E-1 ont fait avec !

 

 

Mais alors pourquoi photographier avec ce caillou?

 

Certes, les restrictions énoncées ci-dessus paraissent un peu problématiques mais il existe des éléments plus subjectifs en faveur de l’Angénieux. Il faut du temps pour l’apprivoiser et cela m’a facilement pris trois mois ! Ce n’est qu’au cours d’un voyage à Venise que j’ai pu noter l’avantage n°1 : un zoom équivalent 34-136 (hors crop du au vignettage) f/2.5 ce n’est pas mal du tout ! On passe d’un grand angle (relatif) à un télé assez puissant capables de couvrir la plupart des cas. Pour les fous furieux de la grande amplitude, il a été commercialisé dès 1958 en format 12-120, toujours T2.2. Et puis au cours d’un voyage comme ça, en diaphragmant un peu, la netteté est bonne et les images croustillent. Cela est dû certainement au micro contraste particulièrement élevé. Cependant, il y a une contre partie importante : l’exposition doit être hyper précise au risque de brûler les blancs et boucher les noirs irrémédiablement. Toujours est-il qu’avec un peu de post traitement (rehaussement des couleurs, rattrapage des blancs, etc.), on obtient des résultats parfaitement exploitables.

 

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Il n’empêche, les images ont un look certain, surtout avec le filtre jaune (ou alors le filtre UV qui a jaunit) qui était fourni avec l’objectif. On retrouve un style un peu old school ma foi très agréable. Par ailleurs, cet objectif présente un bokeh assez crémeux lorsque l’on est assez près du sujet mais il peut également dans certaines conditions un bokeh en « œil de chat » nettement moins esthétique. Mais en cumulant flou d’arrière plan et vignettage, on obtient souvent un résultat très sympathique, surtout en portrait à 68mm.

 

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Malgré ses innombrables défauts, cet objectif n’en demeure pas moins attachant tant il possède de spécificités. Loin des canons actuels il a sa signature propre qui, avec de l’entrainement, peut donner des images différentes et au look soigné.

 

Il faut néanmoins signaler que plusieurs versions ont été produites et que les résultats peuvent varier selon le type d’objectif concerné. Enfin, il ne faut pas oublier son prix : on le trouve pour une bouchée de pain sur eBay ou sur les brocantes et il a été très répandu puisque ce fut l’objectif standard de quasiment toutes les caméras 16mm…

 

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